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La santé et la sécurité au travail constituent aujourd’hui des enjeux majeurs pour les entreprises, quelle que soit leur taille ou leur secteur d’activité. Longtemps centrée sur les risques physiques et matériels, la prévention s’est progressivement élargie à des dimensions moins visibles mais tout aussi impactantes : les risques psychosociaux. Stress chronique, épuisement professionnel, conflits, harcèlement ou perte de sens au travail affectent directement la santé mentale des salariés et la performance globale des organisations.
Dans ce contexte, le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) joue un rôle central. Outil réglementaire et stratégique, il doit impérativement intégrer les risques psychosociaux afin de répondre aux obligations légales de l’employeur et de mettre en place une démarche de prévention efficace et durable.
Pourquoi cette intégration est-elle devenue incontournable ? Quels sont les enjeux humains, juridiques et organisationnels ?
DUERP : un pilier de la prévention des risques professionnels
Instauré par le Code du travail, le DUERP est une obligation légale pour tout employeur, dès l’embauche du premier salarié. Il consiste à identifier, analyser et hiérarchiser l’ensemble des risques auxquels les travailleurs peuvent être exposés, puis à définir des actions de prévention adaptées.
Il constitue la base de la politique de prévention de l’entreprise et doit être mis à jour régulièrement, notamment lors de toute modification importante des conditions de travail ou au minimum une fois par an dans certaines structures.
Comprendre les risques psychosociaux
Les risques psychosociaux regroupent l’ensemble des situations de travail susceptibles de porter atteinte à la santé mentale, physique et sociale des salariés. Ils sont généralement liés à l’organisation du travail, aux relations professionnelles et au contenu même des missions.

Parmi les principaux risques psychosociaux, on retrouve :
- le stress professionnel chronique ;
- le burn-out ou épuisement professionnel ;
- les violences internes (conflits, harcèlement moral ou sexuel) ;
- les violences externes (agressions verbales ou physiques de la part de clients ou usagers) ;
- le mal-être au travail, la perte de sens ou le désengagement.
Ces risques ont des conséquences multiples : troubles anxieux, dépression, troubles musculosquelettiques, absentéisme, turnover élevé, baisse de la productivité et dégradation du climat social. Leur impact dépasse largement la sphère individuelle pour affecter l’ensemble de l’organisation.
Pourquoi intégrer les risques psychosociaux dans le DUERP ?
Une obligation légale renforcée
L’employeur a une obligation générale de sécurité envers ses salariés. Cette obligation, définie par le Code du travail, inclut explicitement la protection de la santé mentale. À ce titre, les risques psychosociaux doivent être évalués au même titre que les autres risques professionnels.
La jurisprudence a renforcé cette exigence en rappelant que l’absence d’évaluation ou de prévention des risques psychosociaux peut engager la responsabilité de l’employeur, y compris en cas de dommages psychologiques. Ne pas intégrer les risques psychosociaux dans le DUERP expose donc l’entreprise à des sanctions juridiques et financières.
Une vision globale et réaliste des risques
Le DUERP doit refléter la réalité du travail tel qu’il est réellement vécu par les salariés. Or, ignorer les risques psychosociaux revient à passer sous silence une part essentielle des facteurs de risques présents dans de nombreuses organisations.
L’intégration des risques psychosociaux permet d’adopter une approche globale de la prévention, en tenant compte à la fois des dimensions physiques, organisationnelles et humaines du travail. Cette vision systémique favorise des actions de prévention plus cohérentes et plus efficaces.
Un levier de performance et d’engagement
Contrairement à certaines idées reçues, la prise en compte des risques psychosociaux ne constitue pas une contrainte supplémentaire pour l’entreprise. Elle représente au contraire un levier de performance.
Des salariés qui évoluent dans un environnement de travail sain, respectueux et équilibré sont plus engagés, plus créatifs et plus fidèles à leur employeur. En intégrant les risques psychosociaux dans le DUERP, l’entreprise démontre son engagement en faveur du bien-être au travail et renforce sa marque employeur.
Comment évaluer les risques psychosociaux dans le DUERP ?
Identifier les facteurs de risques
L’évaluation des risques psychosociaux repose avant tout sur l’identification des situations de travail à risque. Plusieurs facteurs doivent être analysés :
- l’intensité et le temps de travail ;
- les exigences émotionnelles ;
- le manque d’autonomie ou de marges de manœuvre ;
- la qualité des relations professionnelles ;
- les conflits de valeurs ou le manque de reconnaissance ;
- l’insécurité de la situation de travail.
Cette identification doit s’appuyer sur des données objectives (absentéisme, accidents, turnover) mais aussi sur l’expression des salariés.
Associer les acteurs de l’entreprise
L’évaluation des risques psychosociaux ne peut être pertinente sans une démarche participative. Les managers, les salariés, les représentants du personnel et, le cas échéant, les services de santé au travail doivent être associés.
Les entretiens, groupes de travail ou questionnaires anonymes permettent de recueillir des informations précieuses sur le vécu professionnel et d’identifier des signaux faibles souvent invisibles.
Hiérarchiser et formaliser
Comme pour tout risque professionnel, les risques psychosociaux doivent être analysés en termes de gravité et de fréquence afin d’être hiérarchisés. Cette étape est essentielle pour définir des priorités d’action réalistes.
L’ensemble de cette analyse doit être formalisé dans le DUERP, avec une traçabilité claire des risques identifiés et des mesures de prévention envisagées.
Mettre en place des actions de prévention efficaces

L’intégration des risques psychosociaux dans le DUERP n’a de sens que si elle débouche sur des actions concrètes. La prévention doit être pensée à trois niveaux :
- prévention primaire : agir sur l’organisation du travail pour réduire les facteurs de risques à la source (charge de travail, clarté des rôles, management) ;
- prévention secondaire : aider les salariés à mieux faire face aux situations stressantes (formations, sensibilisation, développement des compétences psychosociales) ;
- prévention tertiaire : accompagner les salariés en difficulté (cellules d’écoute, accompagnement psychologique, aménagements de poste).
Ces actions doivent être suivies, évaluées et ajustées dans le temps afin de garantir leur efficacité.
Conclusion
Le DUERP est un outil de pilotage de la santé et de la sécurité au travail. À ce titre, l’intégration des risques psychosociaux est aujourd’hui incontournable.
En évaluant et en prévenant ces risques de manière structurée, l’entreprise protège la santé mentale de ses salariés, sécurise sa responsabilité juridique et renforce sa performance globale.

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