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Le harcèlement au travail représente un défi majeur pour les entreprises, à la fois humain et juridique. Lorsqu’un signalement est effectué, il est essentiel que l’employeur réagisse de manière rapide et appropriée. La conduite d’une enquête interne sérieuse, impartiale et conforme au cadre légal s’impose alors comme un levier indispensable pour protéger les salariés, prévenir les risques psychosociaux et sécuriser l’entreprise.
Mais comment mener une enquête interne efficace à la suite d’un signalement de harcèlement au travail ? Quelles sont les étapes incontournables pour garantir l’impartialité, la confidentialité et la solidité des conclusions ?
Réception et analyse du signalement de harcèlement au travail
Un signalement à prendre systématiquement au sérieux
Toute enquête interne débute par la réception d’un signalement de harcèlement au travail. Celui-ci peut prendre différentes formes : courrier, email, entretien avec les ressources humaines, alerte via un dispositif de signalement interne ou encore intervention d’un représentant du personnel.

Quel que soit le canal utilisé, l’employeur a l’obligation de prendre le signalement au sérieux, même si les faits ne semblent pas immédiatement établis. La jurisprudence rappelle régulièrement que l’inaction ou la réaction tardive de l’employeur peut constituer une faute.
Qualification des faits allégués
La première analyse consiste à déterminer si les faits rapportés peuvent relever juridiquement du harcèlement au travail, qu’il soit moral ou sexuel.
Il ne s’agit pas encore de trancher, mais d’évaluer si :
- les faits sont suffisamment précis et circonstanciés;
- ils s’inscrivent dans la durée ou se répètent;
- ils sont susceptibles de porter atteinte à la dignité, à la santé ou aux conditions de travail du salarié.
Cette étape permet de décider de l’ouverture formelle d’une enquête interne.
Mise en place d’un cadre d’enquête clair et sécurisé
Désignation des personnes chargées de l’enquête
Une enquête interne sur le harcèlement au travail doit impérativement être menée par des personnes impartiales, compétentes et formées. Selon la taille et l’organisation de l’entreprise, il peut s’agir :
- de membres des ressources humaines;
- de la direction;
- de référents harcèlement;
- ou de prestataires externes spécialisés.
Le recours à un intervenant externe est souvent recommandé dans les situations sensibles afin de renforcer l’objectivité et la crédibilité de l’enquête.
Définition du périmètre et des règles
Avant de débuter, il est essentiel de poser un cadre précis :
- objet de l’enquête;
- personnes concernées;
- calendrier prévisionnel;
- règles de confidentialité;
- respect du contradictoire.
Ce cadre protège à la fois la personne à l’origine du signalement, la personne mise en cause et l’entreprise.
Conduite des entretiens et collecte des preuves
Audition de la personne se déclarant victime
L’entretien avec la personne ayant signalé un harcèlement au travail est une étape centrale. Il doit être mené dans un climat de confiance, d’écoute et de neutralité. L’objectif est de recueillir un récit détaillé des faits : dates, lieux, propos tenus, comportements observés, témoins éventuels, conséquences sur la santé ou le travail.
Il est essentiel de rappeler à la personne auditionnée :
- la confidentialité de la démarche;
- l’absence de représailles;
- le cadre et les limites de l’enquête.
Audition de la personne mise en cause et des témoins
Le respect du principe du contradictoire impose d’entendre la personne mise en cause. Celle-ci doit pouvoir s’exprimer librement et présenter sa version des faits. Les témoins identifiés sont également auditionnés afin de corroborer ou d’infirmer les éléments recueillis.
Parallèlement, l’enquête peut s’appuyer sur des éléments matériels : emails, messages, comptes rendus, plannings, certificats médicaux ou tout autre document utile.
Analyse objective des faits et qualification juridique
Évaluation des éléments recueillis
Une fois la phase d’investigation terminée, les enquêteurs procèdent à une analyse globale et objective des éléments collectés. Il s’agit de croiser les témoignages, d’évaluer leur cohérence et de mesurer leur crédibilité.
L’enjeu est de déterminer si les faits sont :
- établis;
- partiellement établis;
- ou non établis.
Cette analyse doit être menée avec rigueur, sans préjugé, et en tenant compte du contexte professionnel.
Qualification du harcèlement au travail
La qualification juridique est une étape déterminante. Tous les conflits ou comportements inappropriés ne constituent pas nécessairement du harcèlement au travail au sens du droit.
Les enquêteurs doivent vérifier si les critères légaux sont réunis, notamment :
- la répétition des agissements;
- leur impact sur les conditions de travail;
- l’atteinte à la dignité ou à la santé.
Cette distinction est essentielle pour orienter les suites à donner à l’enquête.
Conclusions de l’enquête et actions correctives
Rédaction du rapport d’enquête

L’enquête interne doit aboutir à un rapport écrit, clair et structuré. Celui-ci retrace :
- le contexte;
- la méthodologie employée;
- les faits examinés;
- l’analyse menée;
- les conclusions.
Ce document constitue une preuve importante en cas de contentieux et démontre que l’employeur a respecté son obligation de prévention du harcèlement au travail.
Mise en œuvre des mesures adaptées
Selon les conclusions de l’enquête, l’employeur doit prendre des mesures appropriées, qui peuvent inclure :
- des sanctions disciplinaires;
- des mesures de protection de la victime;
- des actions de médiation;
- des formations ou rappels des règles internes;
- des réorganisations de service.
Même lorsque le harcèlement au travail n’est pas juridiquement caractérisé, l’employeur peut être amené à agir pour prévenir les risques psychosociaux et améliorer le climat de travail.
Harcèlement au travail : un enjeu de prévention et de responsabilité
La gestion d’un signalement de harcèlement au travail ne se limite pas à une obligation légale. Elle constitue un levier stratégique pour préserver la santé des salariés, renforcer la confiance et sécuriser l’entreprise.
Une enquête interne bien conduite démontre l’engagement de l’employeur en matière de prévention, de respect et de responsabilité sociale.
Conclusion
Le signalement de harcèlement au travail doit être traité avec méthode, sérieux et impartialité. En suivant ces 5 étapes clés de l’enquête interne, les entreprises se donnent les moyens de réagir efficacement, de protéger les personnes concernées et de respecter leurs obligations légales.



